Lettre pour Clovis Cornillac
Lettre ouverte de Mina à Clovis Cornillac
“J'aime les gens!”
7 novembre 2016,
Je vous ai vu, non loin de moi, dans un café, aux limites de Paris, un café en plein rond-point. Un café où les "chibanis" viennent poser leurs espoirs déchus, leur amour en miette, la reconnaissance en bandoulière, le sourire chaud et le geste grave, précieux. Toujours peur, toujours en quête de l'amour de la France, toujours là-bas, ils sont... Toujours ici, ils restent. Ils me sont semblables. Femme de là-bas, femme d'ici, je vacille entre la tradition et mes cafés en terrasse. Je me roule et me déroule, tel un parchemin, espérant être comprise, être lu, être prise aux marges du quotidien, être comprise et enfin, volontairement, n'être rien.
Votre chemise lavande, m'a fait mal aux yeux. Qui aurait cru que vous porteriez cette couleur. Vos yeux si doux quémandaient de la bienveillance aux abords de la manche, vos baskets hurlaient d'impatience, vous vapotiez, la fumée artificielle crachait ce doux réalisme...
Je m'approche, semblant d'être sûre de moi, faisant fi que vous êtes un grand acteur à mes yeux. Mon arrogance était à la hauteur de mon admiration, les arrogants sont sensibles, comme ceux qui ont la certitude d'être aimé, ils se la pètent outrageusement. Mais un "vroum" dans mon ventre s'empressait de vous dire, votre jeu me bouleverse. J'ai souri bêtement et je n'ai rien dit de personnel.
"J'aime beaucoup ce que vous faites!", vous ai-je dit. Question banale, phrase idiote.
"Merci, pourvu que ça dure!", m'avez-vous répondu. Réponse inquiétante, réponse inattendue.
J'aime les gens. J'aime l'humanité, ne savant que faire. On a beau s'organiser, on a beau planifer, la vie fait de nous ce qu'elle veut. Elle s'amuse de nous et cette jolie mascarade nous projette dans de infinies beautés, dans de projets si doux, que ne pas les toucher, même du bout doigt, serait un crime.
J'écris à mes heures perdues, rien de bien mirobolants, rien qui va changer la face du monde. J'écris pour l'amour des mots, pour leur ivresse, pour le plaisir de vivre et d'éprouver... A cinquante ans passé, ma jeune intacte, mon esprit fertile m'amènent en de jolies contrées, enfin je m'autorise à la liberté de la résonance, à l'appel de la vie, avec l'expérience en étendard, au bord des yeux. Nous devrions tous, nâitre avec de l'expérience. Personne nous a appris à vivre.
Retournerais-je à ce bistrot, pour vous aborder joliment, aurais-je le cran de m'exposer à vous. Vous dire, écrire ensemble un texte sur le désamour, sur les femmes aux multiples facettes, corrigées par la vie, modifier par la cité. Me regarderiez-vous tel un étrange animal. Ecrire ces maux, n'est-ce pas salvateurs, libérateurs. Après moi, il ne restera probablement que cela.
A la joie de croire que cela dure pour vous. Tant que votre regard s'accrochera aux gens, à leurs espoirs secrets et à l'âme d'enfant qui est en eux, en nous, vous ressentirez toujours ce besoin de tendre à eux.
Mina.
Auteur: Mina
Lettre pour Clovis Cornillac. Lettre 4.
Célébrités > C > Clovis Cornillac > Lettre 4 > écrire
Quel beau texte d'ailleurs devrais-je le nommer texte tant il émane du cœur, lui n'a pas de ride et chez vous il ne subit pas l'outrage du temps, je le ressens pur, généreux, rempli de cette poésie que donne l'amour des gens . Bien entendu je suis fan de Clovis Cornillac
Il y a 9 ans, par cristal21Belle journée à vous
Il y a 9 ans, par MinaJe suis encore aux abords des mots... La meilleure façon de résister à ses désirs et d'y céder, écrivait Oscar Wilde dans le portrait de Dorian Grey. Alors, je cède dans la douceur d'un retour, un retour doux, pur, généreux, audacieux. Je suis fan de Clovis certes, je suis fan à ceux qui lisent entres lignes, à ceux où leur personne en son entier, parcourt d'un regard bienveillant le monde qui nous entoure, au monde qui nous dépasse. Le sublimer en de jolies critiques sans le blâmer, le saluer aux matins immuables et pourtant toujours inconnus, telle une promesse faites aux abords des envies, au dessus des réalités, comme un nuage enveloppant les mensonges. Et enfin, le rejoindre sans l'envahir, l'apprécier sans le juger, précieux, tel du Cristal, orgueilleux, royal, ciselé, signé, résistant et au son fragile et inquiétant, s'en emparer et l'inviter avec ardeur à la poésie, mais sans insistance...