Lettre pour Olivier Marchal

Lettre ouverte de Elisabeth Feltin à Olivier Marchal
“Ecriture ”

23 septembre 2022,

Bonjour Olivier Marchal,

J'ai reçu en pleine face le '' petit mot '' concernant les forces de l'ordre, posté sur #######. Bien sur vous avez raison bien sur il faut changer les choses et inverser la donne.
Est-ce possible ???

je ne sais pas pourquoi, alors que je prône les mêmes propos depuis longue date, cette fois ci je les prends en plein cœur, en pleines tripes...
Je me suis mise à écrire, et j'ai déballé ces quelques page en très peu de temps.
Peut-être prendrez vous une peu de temps pour me lire.
Merci mille fois d'être qui vous êtes.

Elisabeth Feltin



voici le texte en question (5 pages)

FURREUR

Comme moi, ils vomissent des larmes de sang, comme moi leurs corps sont souillés , salis, suppliciés. Comme moi, la terreur entre dans leur quotidien avec tout ce qu’elle comporte comme vice, comme sournoiserie , frayeur. Ils vont connaitre ce corps recroquevillé contre un mur, essayant de devenir invisible. Ces yeux qui se ferment pour ne rien voir, et cette bouche qui crie sans qu’aucun son n’en sort. Et cette douleur, démoniaque , qui s’insinue au plus profond de leurs entrailles. Mais l’humiliation, cet infernal cercle vicieux, ces regards de haine, emplis d’acide, avides de nouveautés, de cruautés, de tortures originales. Tout est bon pour faire bander ces salopards, sortis d’on ne sait où. Des hommes, des femmes, en costume, cravate et robe de soirée qui jettent quelques billets sur la table, pour assouvir leurs ignominies. Parfois ils regardent, parfois ils participent.
Moi, je n’avais que sept ans quand la Saloperie, (c’est le nom que nous lui donnions, parce que nous l’avions entendu, mais nous n’en connaissions pas le sens. Aujourd’hui je le trouve si petit à côté de l’avilissement de cet animal )m’a jeté au milieu de cette faune. Elle m’a livrée, à genoux au milieu d’un cercle, d’un auditoire qui applaudissait, qui criait mon nom. Certains étaient nus, d’autres portaient des tenues plutôt bizarres, ce qui est plus surprenant c’est qu’encore aujourd’hui ; je m’en souviens parfaitement. C’étaient de gros lacets de cuir qui ne cachaient rien de leurs intimités ( de leurs déchets ) Des masques noirs qui planquaient ces yeux exorbités. Ils portaient des fouets, ce fameux chat à neuf queues qu’ils claquaient sur nos cuisses ou sur notre dos. Ce n’étaient pourtant pas la première fois que je voyais des sexes en érection, ni même des couples en rut, mais là j’étais effrayée. A la maison (au trou), très souvent le mari frottait son sexe sur la table et jetait sa semence sur nos visages impassibles, la Saloperie était fréquemment à quatre pattes ou à genoux devant l’un ou l’autre détritus. J’errais sous ce toit depuis de très longues années. Depuis que l’orphelinat m’avait jetée là pour quelques sous. Comme d’autres, plus grands, plus petits, je n’étais qu’un meuble, qu’un chien, qu’un rat. J’étais nourrie à même le sol. Parfois , arrivait un groupe de gens avec des mallettes, remplis de formulaire que nos hôtes devaient remplir. Ces jours-là, nous le savions, nous devions sourire, manger à table, bref nous étions obligés de donner la meilleure image possible. Maintenant je comprends mieux, je sais que ces personnes venaient contrôler notre bien-être….. et, là, il était parfait. Nos hôtes se voyez remettre un document les félicitant pour leur bienveillance ??? Eh oui, comme toujours, ce ne sont que les apparences qui sont scrutées, pas le temps pour approfondir. Ce même acte leur conférait le droit de continuer à s’occuper de notre confort.
Ils prenaient leur travail à cœur ? A corps…
Donc cette première fois . Je n’ai même pas pleuré. La Saloperie m’a ôté mes vêtements, les pourritures autour de moi exultaient. La Saloperie m’a posée, sans aucun ménagement sur une table en carrelage, il y faisait très très froid. Elle a écarté mes jambes, débloqué le frein qui maintenait le meuble en place, elle a roulé la desserte de façon que tous puissent profiter du spectacle. Quand je tentais de refermer mes jambes, le fouet claquait sur mes cuisses. Je reçu ce jour-là, tant de coups que mon corps saignait comme une brebis qu’on égorgeait. J’ai cru , ce jour-là, que je mourrai. Mais regarder, ne suffisait pas à certains, il fallait toucher, s’abreuver de ce sang, de cette terreur de cette infamie. Une femme, grosse, hideuse, pour faire rire la foule, a introduit un doigt dans mon vagin, j’ai hurlé, ce qui a excité celui qui se prenait pour un compteur, qui racontait ce qui se passait sous forme de prose. Il s’est levé, tenait son sexe brandit comme une épée ; comme un valeureux guerrier. Il l’a enfoncé au fond de mes entrailles sous les soupirs de plaisir de ces gens qui jouissaient du spectacle.
Ensuite, plus rien. Mon corps et ma tête ne m’appartenaient plus. Ils étaient devenus le jouet de cette pourriture humaine. Ce jour-là fut le premier martyre d’une longue descente aux enfers.
Dans cette maison, vivaient quatre autres petits rats comme moi. Nous étions donc cinq gadgets sexuels. Parfois derrière une porte, nous entendions les cris perçants de nos amis de fortune, de malheur. Nous vomissions bien plus que nos larmes.
En plus de la Saloperie la maison abritait son mari ; son frère, son cousin avec sa femme ; et le frère de son mari. Tous étaient laids, assez gros. Ils prenaient soin d’eux car ils recevaient du beau monde, pour leurs immondices. Je n’étais pas assez grande pour penser à intégrer le nom de tous ces monstres fous mais je n’ai rien oublié de leurs bassesses, de leur rictus. Les voix , les beuglements de ces détritus resonnent encore certaines nuits dans mes cauchemars. Et ce sont ces rugissements d’exaltation qui aujourd’hui vont me permettre de les paralyser, de les anéantir, de les pulvériser.

Un matin je me suis réveillée plus tôt que d’habitude car des bruits étranges, une l’effervescence inhabituelle traversait les murs. J’entendais comme de grosses choses qui glissaient sur le sol. Je n’en fis pas cas et me retournais sur ma paillasse. Mais j’avais froid, je tentais de me rapprocher de mon petit copain, pour capter un peu de sa chaleur, mais je ne le trouvais pas, son coin était plus froid que le mien. Il devait être près de la petite, car elle était très frileuse. Je continuais de ramper, et là aussi ; stupéfaction ; personne !
Je me décide à allumer et là, je me rends compte que nous ne sommes plus que deux, moi et le tout petit garçon . Il n’est là que depuis plus ou moins quatre semaines.
Je me disais qu’il était un peu tôt pour une séance de monstre. Mais avec tous ces bourreaux fous rien n’est surprenant. Un faisceau lumineux me traverse l’esprit. Ils ont été emmenés hier soir par la Saloperie et ils ne sont pas redescendus.
J’ose poser la question, où sont-ils ? Dans un regard de haine on me répond que ça ne me regarde pas, et comme ça, pour le plaisir ; on me balance une grosse gifle qui me flanque au sol. Ce soir on s’occupe de toi. Ce qui fut le cas. Je fus crucifiée, sous le regard effroyable du petit garçon. D’innombrables doigts me griffaient ; massacraient mon corps ; s’enfouissaient dans mes entrailles. Je dus prodiguer quelques fellations avant d’être sodomisée. J’attendais la mort .
Je suis très petite encore, pourtant je comprends, je comprends qu’il me faut fuir cette folie, ces horreurs, ces déjections ; que je sauve ce tout petit garçon, il est si beau avec ses boucles blondes. Ils vont n’en faire qu’une bouchée.

Parfois ils m’emmènent en voiture, quand il faut emporter les poubelles dans les gros containers du village. Comme ils sont disposés à l’orée d’un bois, personne ne voit que c’est moi qui dépose les gros sacs dans les immenses bacs à ordures que j’ai un mal fou à atteindre. Si je le fais tomber ; je suis rouée de coup, toujours à l’abris des regards.
Dans ma tête de toute petite fille, je me dis que c’est mon unique chance, il me faudra courir vite, très vite à travers champs. Peu importe qui m’emmène, ils sont tous gros, aucun d’eux ne pourra me suivre, je m’arrêterai dans la première maison sur la route et je hurlerai mon histoire, il faudra m’écouter ; envoyer l’armée, que sais-je moi, je ne suis qu’une enfant. Il faudra aller chercher le petit garçon…
Et un jour, sous une pluie plutôt violente, je dois charger la voiture de sacs à ordures, et me voilà en route, avec le frère de la Saloperie vers le bout du village pour effectuer mon travail, celui d’éboueur. Encore une fois on me rappelle la chance que j’ai d’être au sein de cette famille. Je sors de la voiture ; j’ouvre le coffre. Il joue avec son téléphone et ne se rend même pas compte que je me suis faufilée de l’autre côté du véhicule . Je m’enfuis le cœur battant au travers du bois, entre les arbres. Je ne sais pas trop où je vais, je cours , je cours. J’ai très très peur. Je lève à peine les yeux quand je me fracasse contre les grosses bottes…. D’un bucheron. Je crie, je pleure, je hurle. Lui ne sait que faire de moi. Il ne me frappe pas ? ne m’insulte pas ? il me tend même un mouchoir sorti d’on ne sait où. Il me tend les mains, m’offre un morceau de pain. Je pleure toujours, il ne sait toujours pas quoi faire. Alors il ouvre les portes de son gros 4/4 et m’y invite en m’expliquant qu’on irait à la police avant d’avertir mes parents. Je pleure de plus belle. Il pointe du doigt le siège de l’auto, Il me propose d’aller jusqu’à chez lui et je pourrai expliquer ma souffrance à sa femme, à ses enfants lui se sent démuni. J’hésite.
-Voilà un monsieur qui arrive, il te cherche peut-être, on va l’attendre …. Je me mets à hurler. Là il n’attend pas la suite il m’empoigne et me pose sur le siège en cuir, fait le tour de l’auto et me voilà en route vers la liberté, vers la vérité. Je ne le sais pas encore, mais je suis libre.

Le bucheron et sa famille vont écouter mon histoire, monstrueuse. Ils vont en sortir anéantis. Ils vont faire toutes les démarches nécessaires, dans un premier temps en prévenant la police. Il faudra deux jours de plus avant qu’ils n’interviennent dans la maison. Ils vont y trouver la Saloperie et son mari, le frère de celui-ci. Ils se croient intouchables car ils connaissent du beau monde. Ils n’ont même pas essayé de se sauver. Ils sont trop bêtes pour comprendre que personne ne va se compromettre pour eux.
Le petit garçon va sortir de cette ignominie mais trop tard, son regard juvénile est devenu blafard ; sans reflets, et ceci pour le reste de sa vie.
Le procès de ces monstres révèle des moments si effroyables, tellement intolérables. Ils déballent des vérités sans aucuns regrets, presque avec fierté, ils ne se rendent même pas compte jusqu’où coulent leurs infamies. Toutes les saletés de ce monde sont leurs étendards. Ils donnent les noms des notables fidèles à leurs soirées, avec de monstrueux détails de leurs préférences. Bien sûr, tous comparaitront à la barre ; et bien entendu, tous crieront au scandale. Les gens présents dans la salle régurgitent leurs propos. Certains sortaient en hurlant.
Plus tard on me demandera de les identifier, et, un à un, je les confondrai. Même leurs notoriétés ne leur permettront pas de se sortir ce fracas. Les détails que je fournirais sont sans appel.

Me voilà adulte. J’ai continué à grandir au sein d’une famille choisie pour leur réelle bienveillance et leur faculté à me guider vers une résilience réparatrice. J’ai appris à aimer, ma famille de fortune dans un premier temps, je les adore aujourd’hui. J’ai appris à aimer les gens, à faire un peu confiance. Mais j’ai une tendresse toute particulière pour mon bucheron préféré. Il a suivi toute cette affaire. Il m’a sauvé du désespoir si souvent. Il a pleuré toutes mes larmes ; Il est ce regard que je n’oublierai jamais. Cette douceur, cette épaule, cette force ; cette bénédiction. Je le chéri au-delà de tout.

Il y a quelques jours, j’ai rencontré un ancien prisonnier hébergé dans la même prison que ces bourreaux. Il m’a relaté les rumeurs qui y circulent en m’affirmant que c’était bien plus que des ragots. J’ai dû beaucoup insister pour qu’il me raconte les faits tels qu’ils se sont déroulés. Je dois avouer que je me suis délectée ce ses récits. Des histoires à gerber .
Il me raconte ce qu’il n’a pas vu mais qu’il a appris lors de repas commun à la cantine, quand il lui été permis de s’y rendre.
Il faut savoir que des pourritures, violeurs d’enfants, ne sont pas du tout en sécurité en prison. A part les fous, personne n’accepte qu’on puisse faire du mal à un gamin, même ces gens ont un code d’honneur et ce type de violence n’y est pas admis.
Ces salopards sont mis à part dans des couloirs ou ils sont seuls. Donc pour la Saloperie et sa galerie, les voilà dans de petites cellules insalubres, au sous-sol de la prison. Ils se parlent de l’unes à l’autre. Ils se plaignent du froid de ces locaux et de cette nourriture abjecte. Ils dorment sur des matelas dont les ressorts ressortent, avec des couvertures qui grattent.
Plusieurs fois par mois, avec la complicité des gardiens ; il est permis à quelques détenus de descendre dans le couloir des excréments (c’est le nom que leur ont donné les prisonniers) pour s’amuser avec ces gens.
Ils emmènent toute l’équipe, la Saloperie , son mari, son frère, le cousin et sa femme et le frangin du mari, dans une grande salle, ils se disposent en cercle autour du groupe. C’est ainsi que s’ouvrent les portes de l’enfer pour les ordures. Mon conteur me raconte dans les détails ; non sans une certaine délectation ; les faits tels qu’ils lui ont été rapportés.
Le comble de l’humiliation a été pour le mari qu’ils ont obligé, à genoux, à pratiquer une fellation sur son frère qui lui a été contraint à le sodomiser. Ils ont hurlé de honte et de désespoir. La Saloperie a été crucifiée d’ignoble façon. Elle faisait la fière, en feignant y prendre du plaisir, ce qui n’échappa pas à ses tortionnaires, ils ne manquaient pas d’imagination et improvisèrent diverses tortures plus immondes les unes que les autres .Son frère fut forcé à des actes tout aussi violents sur sa sœur et sur son cousin. La Saloperie subit tant d’outrages qu’elle en perdit la raison. La femme du cousin fut mise à genoux, elle était assez répugnante et dut regarder les scènes les deux mains attachées dans le dos. Elle devait chanter, toujours, sans cesse.
Il parait que leurs cris traversaient les murs et que tous les prisonniers pouvaient en profiter. Ces séances d’horreur sont devenues populaires au sein de la taule ; circulait même une liste sur laquelle les détenus pouvaient s’inscrire afin d’y participer, de façon non officielle, bien sûr. A un plus haut niveau, ces débordements étaient connus. Cependant durant le procès tant d’ignominies ont été entendues que chacun ferme les yeux et les oreilles. Ces chiens vont être crucifiés de la même façon qu’ils ont supplicié les enfants.
J’ai appris qu’avant moi il y avait eu d’autres petits malheureux et que comme mes petits copains ils n’ont pas supportés les supplices infligés. Ils ont été déterrés. Ils dormaient sous le gazon régulièrement tondu du jardin de la maison des excréments. Il y avait neuf petits corps.
Ma question ??? personne n’a jamais pris de leurs nouvelles ??
Aujourd’hui, j’ai exhumé cette peur viscérale qui m’habitait. Je ne crie plus la nuit quand elle est noire. J’oublie les morsures imprimées sur mon corps, je ne les regarde plus dans le miroir, je n’en ressens plus la douleur. J’ai réappris la vie.
Celui qui est à mes côté, qui suis la même route que moi, celui qui prend tendrement ma main celui que je croyais inexistant quand j’étais enfant, lui, juste un homme fort, doux, lui c’est mon cadeau ; le présent que la vie a posé sur mon chemin. Lui, juste l’amour, l’amour profond. L’amour qui permet la résurrection.
Adieu la malédiction, bonjour la vie.
Je suis encore à la recherche du petit garçon blond, il est grand maintenant ; il est trop fragile parait il pour pouvoir me rencontrer. Un jour peut-être.

Auteur: Elisabeth Feltin

Lettre pour Olivier Marchal. Lettre 175.

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