Lettre pour Cédric Klapisch

Lettre ouverte de Muriel Allaert-Degunst à Cédric Klapisch
“In the Flanders fields”

26 novembre 2025,

Monsieur,

En quelques mots je souhaite vous raconter une histoire familiale vieille de plus d’un siècle, qui s’est ranimée il y a quelques années pour à nouveau mourir doucement semble t-il. Il s'agit de ma grand-mère paternelle et de mon grand-père biologique.

Les faits : Première guerre mondiale juin 1918. Louise, 25 ans, est femme de chambre au Grand Hôtel de la plage de Wimereux. Elle est une paysanne sans terre venu de Flandre, près de Bergues.
L’hôtel vient d’être réquisitionné pour les gradés de l’armée britannique.
William, 28 ans, officier, est venu rejoindre son frère Alexander officier également, pour quelques jours de permission. Ces frères sont issus de l’aristocratie américaine et des « pères fondateurs » de cette Amérique blanche... Ils sont devenus juristes, avocats, hommes d’affaires, l’un d’eux habite Wall Street... William est l’ami du futur président Hoover, il le servira durant son mandat.

C’est la fin de cette Grande Guerre.
L’ambiance s’humanise doucement. Une histoire a commencé entre Louise et William. Elle s’achèvera brutalement. On dit William mort au Front lors d’un ultime combat. Louise est enceinte.

La suite je l’ai racontée dans quelques feuillets que je tente de vous transmettre par ce lien. Cela pourrait être une histoire banale comme il y en eut tant dans ces périodes de guerre, et à toutes les époques.
Ce qui l’est moins, c’est l’issue.
En 2019 nous avons fait réaliser les tests ADN par les deux organismes les plus connus aux USA (Ancestry / My Heritage ). De cette manière et après enquête, j’ai retrouvé trace notre grand-père biologique, de sa descendance. Le plus émouvant ce fut de constater que durant la vie de mon père, émaillée elle aussi, durant la seconde guerre, d’évènements tragiques, il aurait eu à plusieurs reprises possibilité de rencontrer son géniteur ou son oncle, ambassadeur des USA venu négocier avec Pétain et Laval à Vichy. Il y fut question entre autres sujets, du sort de 5000 enfants Juifs séparés de leurs parents et que Laval s'apprêtait à envoyer en Allemagne. Somerville Pinkney TUCK , atterré, mettra toute son énergie à tenter de sauver ces enfants qui ont déjà le passeport pour les USA. Mais les Américains débarquent en Afrique du Nord. Laval, dépité, casse l'accord et envoie les enfants vers la mort…
En 1942 les négociations n'ont plus cours, la guerre mondiale a commencé ...Mon père est un rescapé du camp de Buchenwald pour fait de Résistance et il avait échappé également aux attentats britanniques de Mers-El-Kebir.
Son journal a fait l’objet d’un livre que j’ai fait éditer il y a 20 ans.

Plusieurs années ont été nécessaires pour entrer en relation avec nos cousins (demi-cousins) qui avions le même grand-père. Un de ces cousins demeure en Angleterre. Autour de son château des hectares d’agro-foresterie, élevages, forêts. Ce gentleman s’est montré très ouvert à cette fabuleuse histoire de « notre » grand-père, jusqu’à cette communication qu’il a eue avec la petite cousine Frances Walsh, soucieuse de ne pas ternir le prestigieux patrimoine qui était le leur…Black out !C’est maintenant le déterminisme social et la rigidité de cette « upper class » américaine, conservatrice, chérissant la norme et inquiète des conséquences financières que cette recherche pourrait engendrer qui a eu raison de cette formidable élan qui aurait tant satisfait mon père.

Je ne sais, Monsieur Klapisch, si vous aurez le temps de me lire. Sachez que j’ai à disposition, textes, résumés, photos, preuves DNA, messages, si jamais cette histoire vous inspire.

C’est en allant voir en famille « La venue de l’avenir » que dans ma petite tête naïve j’ai fabriqué un film !!!!
Très respectueuses salutations à vous.
Muriel Allaert-Degunst.







GUERRE ET PÈRE

Love child.


Enfant de l'amour. Une bombinette d'ADN, de connections, de chair, de sang, de vie.
Hasard de la rencontre entre un aristocrate américain et la petite Louise venue dans cet hôtel chic de la côte d'Opale. En 1918, les élégantes n'y étaient pas. Les hôpitaux de campagne avaient envahi les golfs et les terrasses au soleil recevaient les gradés blessés. Le petit personnel prenait sa part. Louise aussi. Nourrir, astiquer, obéir, consoler et puis admirer, aimer peut-être. Juin s'imposerait jamais plus lumineux en dépit de l'arrivage quotidien des corps du Front. La mer, belle indifférente, livrait à saison fixe les mêmes charges d'iode, de sable humide, de vent fécond qui fricotaient avec les odeurs de terre, de fumier et d'aubépine dévoyées sur l'estran.
Louise est partie. Son bel aristo porté disparu. Mort au Front lui a t-on dit. Un détour en Flandre dans la tribu familiale et puis Paris. Là-même où les familles bourgeoises en mal d'enfant, jettent leur dévolu sur les beaux bébés des filles-mères dans le péché. Louise a su dire non. Et oui au petit Louis.


23 février 1919. Paris.
Paris, 23 février 1919.

La grippe espagnole ravage. 901 morts cette semaine. La capitale semble mourir doucement. On ne sait plus où est le pire. Les plaies de la guerre ou cette folie virale qui fait tomber les gens sans distinction.
Louise et sa sœur ont trouvé un lieu dans la capitale loin des commérages du village. Le bébé pas encore né faisait déjà l'espoir d'une riche famille. Louise n'a pas pu. Le poupon dans les bras, elles ont repris le train vers la campagne et la famille ignorante. La tribu a tôt fait d'adopter ce bébé. Tit' Litch grandira dans un cocon chaud, rassurant. Tout autour de lui, des mains de paysans, des odeurs de lait de chèvre, de pain ranci, de soupe ronflante des légumes du jardin. Les chansons du flamand et du français qui s'entremêlent en permanence. Face à la chaumière, le canal de Bourbourg et ses lentes péniches qui s'acheminent vers la raffinerie Lesieur juste à côté, où les hommes de la famille ont trouvé embauche.
Charles Loywyck, le grand-père, a fermé son café d'Esquelbecq, la bière lui tournait la tête et asséchait la caisse. A présent il fait fermenter sa petite bière dans la cave. Dix filles en âge de convoler. Un harem de tendresse pour ce petit.


Paris / Cappelle-la-Grande 1919-1921.

Enfance et adolescence.

Louise, la fille-mère, s'est mariée. Sommée de rentrer dans le rang pour apaiser les ragots. Le cocon s'est ouvert et Tit'Lich a dû quitter la tribu. Des tablées de retrouvailles le dimanche avec toutes ces mères d'adoption et son grand-père. Un demi-frère est né. Des tragédies suivraient. Trois enfants morts, une mère folle de douleur qui veut se défenestrer… Les fleurs blanches des petits morts marqueront sa mémoire à jamais. A 13 ans, le petit coursier enlève sa casquette et tend son regard vers l'employé de recrutement au comptoir de la société maritime Worms. Il sera doté d'un vélo à lampe à carbure pour les courses dans le port. Ses jambes nues sont mordues par le feu autant que par le gel. Adolescent, il devient employé de bureau et secrétaire de section à la JOC. Il aime l'aviron, le judo, le vélo, l'athlétisme, et les Beaux- Arts. Bientôt il prendra des cours du soir de radiotélégraphie, la lecture au son le passionne.





Dunkerque 1932-1938
Le père.

Il veut savoir qui il était. Le silence de sa mère impose le sien. Il tait ses questions. De ce jadis qui l'a fondé, sa mère ne veut rien lui dire. Les rares fois où il a eu le courage de poser une question, même discrète, au sujet de son père, il a senti sa mère se rétracter, physiquement, psychiquement, pour mieux se protéger. Regard fermé, corps tendu. Enfermée dans le silence, un silence devenu familier.
Qui est le père de sa pré-histoire? Il se manifeste imperceptiblement dans son corps, l'inoubliable apparaît dans son visage, la couleur de ses cheveux, sa stature. Il a dû scruter mille fois ses traits, voir ce qui l'écarte de sa mère et le rapproche de lui.

Et puis cette impression d'être chez lui Outre-Manche, son goût pour la Guinness tiède l'interroge. Son métier est lié à l'Angleterre. Ces ferries qui vont et viennent près du quai immobile alimentent-ils son désir de lien qui ne peut s'assouvir? Qui sait si cette mouvance continue, ce parler anglais quotidien ne calmaient pas sa frustration?
Peu à peu le fantôme a pris forme humaine, un officier anglais pendant la guerre, à Wimereux, dans l'hôtel réquisitionné où Louise travaillait... sa soeur Marguerite sait des choses…

Ont ils été amoureux l'un de l'autre, est-ce un délire de soir d'ivresse dans le mess des officiers à l'aube de la victoire, un exutoire? Pire? On n'ose l'imaginer mais on ne peut rien éluder en ces temps d'apocalypse.

Louis Degunst : matricule 361.C.38

Il voulait voir du pays, quitter la routine et la grisaille de Flandre. A l'aube de ses vingt ans, la Marine s'est imposée. L'engagement est signé pour trois ans. En octobre 1938, il rejoint Toulon en train. Puis ce sera Brest. A lui les voyages, le soleil et les horizons de feu. Spécialité: Radiotélégraphiste.
Le Radio-Ecouteur sous-marin embarque en 1940 sur le contre-torpilleur Le Fantasque, puis sur le bâtiment de ligne Strasbourg. 296 jours de guerre l'attendent.

Le 3 juillet 1941, il est à Mers El-Kebir en Algérie. Là où la logique de guerre et la stratégie de conflit l'ont emporté. Les Anglais chers à son coeur ont bombardé, pilonné et tué des marins. Dans l'enfer de Mers El-Kébir, le Strasbourg, miraculé du conflit, vogue en fantôme moribond jusqu'à Toulon.

Il quitte le Strasbourg en permission libérable. Direction le G.C.R ( Groupement des Contrôles Radioélectriques) à Hauterive dans l'Allier. Un repaire de radios de toutes armées. En 1942 il passe au service presse où il associe la lecture au son de l'alphabet morse au téléscripteur. Il a faim. Les fonctionnaires de Vichy, motorisés, ont écumé les fermes. Son vélo glisse sur le verglas. Avec les copains, tous anciens marins aguerris, il rechausse les sabots pour épargner le cuir des souliers. Et ils rient! Ils rient et chantent même par -25°c quand il faut aller chercher de la sciure dans la forêt, dévaler les routes gelées de la campagne en épargnant les œufs du ravitaillement.

Marin sur le Fantasque et le Strasbourg 1 septembre 1939-3 juillet 1941
Hauterive-Abrest ( Allier) 1941-1942.
La Résistance / Fresnes / Buchenwald, matricule 77685.

1943.
Louis fait ses premières opérations de Radio clandestin en zone libre puis à Paris. Il change de nom, d'identité, de chambre. A un pseudo et un chef de réseau. Il trouve des piaules pour déplier son antenne hors de sa petite valise et capter Londres. Il vit les rafles, les amis corses, le rationnement et la trahison le 11 juillet dans la splendeur des allées du Palais Royal. Les gestapistes français et allemands et leurs sinistres tractions noires l'emmènent rue des Saussaies pour les interrogatoires puis à Fresnes. Il a su se taire. Son imagination brûle, il n'a jamais autant menti de sa vie.

15 août 1944.
Une chaleur de bête augure ce qui les attend. La prison de Fresnes se vide. La nervosité de la soldatesque est palpable.
Des cris, la confusion, le sang des suppliciés. Des autobus bondés, les mitraillettes pointées. Personne dans les rues de Paris. Puis la gare de Pantin. Quatre vingts par wagon, parfois plus. C'est le dernier convoi pour l'enfer, mais il ne le sait pas. Il ne sait pas non plus que la Résistance fera tout pour arrêter ce train de 2200 malheureux. En vain. Il ne sait pas davantage que dans la débâcle, l'ennemi a voulu les exterminer bien avant l'arrivée.

19 août 1944.
Arrivée à Weimar. Les hommes sont expédiés à Buchenwald. Les femmes, à Ravensbrück. A Buchenwald, l'entrée donne envie. Des fleurs, des jardins proprets devant les maisons des chefs S.S.
Eux seront rasés, tondus, couverts de guenilles, asservis, frappés, insultés. Le zèle, les gueulements des kapos. La pitance de miséreux qu'il faut protéger des « droits communs » polonais, russes, puis l'espoir. Les bombardiers alliés qui détruisent les usines d'armement, là où a lieu l'exploitation des hommes.
Du petit camp, l'oeil du voyageur invétéré saisit encore le panorama de la plaine d'Iéna où passèrent les armées napoléoniennes. Mais l'hiver de Thuringe est là. Le froid, la boue compliquent les choses, usent les corps, déclenchent les maladies, donc la mort. Les mines de sel, les carrières de pierre, l'usine d'ajustage, les corvées, les châlits plein de puces, la dysenterie, la faim, la faim…
Néanmoins l'espoir toujours. Côté face, il y aura un médecin russe, sauveur de vies, un parisien bon teint, dégourdi comme pas deux, des bretons, des corses, des amitiés uniques dans ce temps suspendu où la barbarie s'impose.

Avril 1945.
Débâcle au camp. Alertes incessantes, canonnades des russes et des américains, affolement des sbires. Le 11 du mois, les effarés sont poussés hors du camp. La grande marche commence. Quelque chose comme l'espoir parcourt les squelettes ambulants qui martèlent en galoches les pavés de ces si beaux villages. Mais au fond de la carrière de kaolin, le troupeau est là. Ceux qui sont encore les maîtres tout autour, en haut, mitrailleuse au poing. Une nuit à tenter le sommeil, les uns sur les autres, dans les excréments. Est-ce la fin? Cela a failli. Sur la route, un relais discret accompagne ceux qui s'épuisent. Les faibles et les malades sont abattus au fur et à mesure.
Un contre-ordre les mène dans une brasserie de Leipzig au bout d'une journée d'errance... Soudain des cris américains! Des G.I's sur la route au milieu des tirs allemands, un fossé encore, se planquer toujours, les bêtes le savent. Puis enfin les embrassades, les œufs frits et le pain extorqués à l'aubergiste récalcitrante. Pas de vengeance, pas de haine... Le ressentiment est affaire de nanti.
Le camp de Dora-Nordhausen est centre de rapatriement. Des camions, une piste d'atterrissage pour les avions Dakota qui s'envolent vers la France. Là encore il a fallu batailler pour faire partie du convoi.




En passant en camion devant le tunnel de Dora, fabrique des V1/V2, creusé dans la montagne par leurs frères martyrs morts à la tâche, les effarés se lèvent comme un seul homme et se découvrent…
A travers un hublot crasseux, l'oeil du voyageur aperçoit le ruban argenté du Rhin...Enfin la France, Le Bourget, la haie d'honneur, le centre de rapatriement de la gare d'Orsay. Une famille bourgeoise du 16e arrondissement l'accueille. Et la course reprend dans Paris. Hôpital Bichat, ambiance de fête malgré tout. Il réapprend la nourriture, doucement. La vie bruyante le fatigue.


Mai-juin 1945.
Retour dans le Nord, où sa famille le retrouve. Il ira mettre sa vie et son corps en réparation en Angleterre chez ses tantes avec l'aval du colonel, tous frais payés. L'Eden! Débrouille, toujours.

Août 1945.
Eté anglais, Londres, Brighton. Soins, loisirs, sports. Son corps reprend forme humaine. Il s'habille de belles cotonnades et regarde les G.I's danser le pitterbug. Ses cousines l'emmènent nager. Un rêve.

Octobre 1945.
Engagement de 6 mois en zone occupée en Allemagne en qualité de Radio à la Direction des Recherches. Il reçoit les louanges du commandant en chef. En est très fier. Peu de travail, sports, loisirs, bonne alimentation, étude de l'allemand…

Mars 1946.
Retour à Paris, puis à Dunkerque. Le voici bombardé chef du bureau M.R.U ( Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme). Il rencontre un beau soir la copine de la copine du copain, elle est belle, la poignée de main est énergique, elle sera sa femme jusqu'à la fin de sa vie.


En 2019 la recherche ADN, lancée par les Américains, arrive sur le marché à prix populaire. Une aubaine pour retrouver ses origines. La revanche post mortem de Louis.
Bingo! ADN anglais massif, puis de l'écossais, de l'irlandais et du scandinave, ascendance viking! D'où notre appétence pour le poisson séché et la bonne bière… 
Des Anglo-Saxons pure souche, tentés à diverses périodes par la migration Outre-Atlantique. Notre ADN voyage au XVIIIe siècle dans les chariots de migrants du Kentucky et les montagnes du Chesapeake. Une correspondance DNA émerge, une piste déjà. Une américaine est liée à nous. DNA match:5 %. Elle sera notre source.

Consultons, compulsons les états de service et les positions, cherchons les gradés présents dans le secteur en juin 1918, quand Louise était en service dans cet hôtel de la côte, réservé aux officiers du Commonwealth. Reconstruisons le parcours de vie de l'homme.
Bilan des recherches: 12 noms apparaissent dans la généalogie probable, Outre-Atlantique. On compare les fonctions, les dates de séjour, de permission, le père prend peu à peu corps. Deux noms demeurent en lice, deux frères!

Alexander John Tuck et William Hallam Tuck. Impossibles à départager jusqu'à cette photo des années 50 sur le Queen Elisabeth. William avec femme et enfants. Le gratin était invité à poser sur le pont du paquebot entre Southampton et New-York...William est le portait craché de notre père.



Leurs enfants après eux

Un autre parcours nous attend. Une fois repérés la filiation et les descendants de William, demeure la connexion avec ces gens qui sont une part de nous-mêmes et qui auraient pu faire partie de notre vie. Seule une petite nièce a réalisé le test qui a permis d'asseoir la parenté. La dame a réalisé son arbre...Prestigieux. Un ancêtre fut le bras droit du Général Lee...Aïe. Le grand-père biologique de notre père supposé était juge à la Cour d'Appel de New-York, et fréquentait les Cours de justice du monde entier. Oncles diplomates, bienfaiteurs, hommes d'affaires….Conservateurs et chrétiens.

Flash-back.

Fin février 1919.
Louise est à terme. Avec sa sœur Marguerite, elles ont pris le train de Dunkerque pour Paris. Changement de train à Lille.
A Lille, au même moment, William dirige le service américain de l’aide humanitaire aux petites démocraties (c’est comme cela qu’ils appellent ces petits pays d’Europe dont ils sont issus.) Si, par hasard, William (le ressuscité!) avait croisé ces deux femmes qu’il connaissait, il aurait peut-être deviné sous les longs manteaux d’hiver le ventre un peu trop rond de Louise qui s’apprêtait à accoucher sous X dans la capitale…

1941. Louis émet sur sa radio dans le froid de sa chambre de location à Hauterive dans l'Allier. Il a faim, marche en galoches, dévale les routes verglacées pour quérir un peu de nourriture et rit avec ses copains. Il a 22 ans.

Pendant ce temps là, son oncle négocie avec Pétain et Laval à Vichy. Il est diplomate, Chargé d'Affaires pour le gouvernement américain. Il est question entre autres sujets, du sort de 5000 enfants Juifs séparés de leurs parents et que Laval s'apprête à envoyer en Allemagne. Somerville Pinkney TUCK est atterré. Il mettra toute son énergie à tenter de sauver ces enfants qui ont déjà le passeport pour les USA. Mais les Américains débarquent en Afrique du Nord. Laval, dépité, casse l'accord et envoie les enfants vers la mort…
En 1942 les négociations n'ont plus cours, la guerre mondiale a commencé.

Cette même année, William TUCK, dirige les fondations américaines de son ami Hoover, président des Etats-Unis. L'éducation, la culture, l'aide alimentaire…Il refondera l'université de Louvain après la Grande Guerre et y sera nommé docteur honoris causa en philosophie.
C'est un patriote américain, présent sur tous les fronts, tous les combats. Il rejoint l'U.S Army durant le conflit ainsi que son frère John Alexander, lui-même héros de la guerre 14-18.
La famille TUCK résidait l'été dans son château de Rougemont près de Lausanne, en Suisse.
En juillet 1962, Louis emmenait sa petite famille découvrir le Mont-Blanc et séjournait dans un hôtel familial près de Chamonix. A 2h de route de là…
C'est en Suisse, chez lui, que William TUCK mourut le 28 août 1966. Il est enterré à Upper Marlboro dans le Maryland, où il était né.
Louise s'est éteinte le 31 décembre 1980 à l'hôpital psychiatrique de Bailleul, en Flandre. Elle est enterrée dans sa commune, à Coudekerque-Branche.





William Hallam et Hilda Bunge, son épouse, ont eu trois enfants :
Dorothea (Dorita) ( 1920-1992) a eu deux fils
Emily ( 1923-2005) a eu deux fils et une fille
Edward ( 1927-2002) a eu deux fils et une fille d'une première union.

Ils ont à leur tour eu des enfants qui ont exprimé leurs talents en littérature, en peinture, en théâtre ou cinéma ou ont continué à faire prospérer les terres des domaines hérités en agro-écologie, comme Hallam Mills, un des petits fils de William, fils d'Emily, établi dans le New Forest près de Southampton ( England) avec lequel j'avais commencé à échanger.

D'abord abasourdi et enthousiaste, il s'est tu. Après avoir fait part à sa cousine (Source n°1) de nos échanges...L'anthropologie puritaine de classe de nouveau à l'oeuvre ? Se peut-il qu'après un siècle de sédimentation leurs enfants après eux réactualisent la ségrégation sociale et la morale puritaine qui furent l'apanage de cette aristocratie américaine ?…Les amours ancillaires d'un jeune officier célibataire au crépuscule de la Grande Guerre n'ont pas de réalité pour ces gens-là. Aucun bâtard dans l'arbre familial. Alexander John, le frère supposé, a convolé en justes noces quatre fois et beaucoup essaimé, avec d'autres aristocrates…

Dernier message reçu de petite nièce de William, ( source n°1) Frances Walsh, petite fille d'Alexandra Tuck, cousine de William Hallam Tuck, notre grand-père biologique:

21/12/2020.
Hello Muriel.
My Great Uncle Hallam had 3 children, who were my mother's first cousins. All have died, and the only descendants of these 3 who I am a little bit in touch with are the children of Emily and Giles Mills, 1st cousins who married each other (thus making our family tree quite complicated. These children, now all grown up with grandchildren of their own. I don’t think that anyone from that branch of the family has done any DNA testing, or it would have shown up on my profile.

This may be one of life’s great mysteries that you never really know the answer to! But it may be that you have indeed found your grandfather, and I hope that brings you peace.

Best wishes,
Frances

Bonjour Muriel.

Mon grand-oncle Hallam avait 3 enfants, qui étaient les cousins ​​germains de ma mère. Tous sont décédés, et les seuls descendants de ces 3 avec qui je suis un peu en contact sont les enfants d'Emily et Giles Mills, cousins ​​germains qui se sont mariés entre eux, ce qui rend notre arbre généalogique assez compliqué. Ces enfants sont maintenant tous adultes. Je ne pense pas que quelqu'un de cette branche de la famille ait fait des tests ADN, sinon cela serait apparu sur mon profil.
C'est peut-être l'un des grands mystères de la vie dont vous ne connaissez jamais vraiment la réponse ! Mais il se peut que vous ayez effectivement retrouvé votre grand-père, et j'espère que cela vous apportera la paix.
Meilleurs vœux,

Auteur: Muriel Allaert-Degunst

Lettre pour Cédric Klapisch. Lettre 46.

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