Lettre pour Albert Dupontel

Lettre ouverte de Pascal Rigault à Albert Dupontel
“L'avis d'une étudiante sur 9 mois fermes”

mardi 5 janvier 2021,

Bonjour Albert Dupontel,

je suis professeur de droit et je donne régulièrement comme exercice à mes élèves des critiques de films autour du monde judicaire

une de mes élèves m'a remis son devoir sur " 9 mois fermes" ( un film que j'adore personnellement mais ce n'est pas le sujet)

j'ai jugé utile de vous en adresser une copie car sa critique , totalement spontanée , est à la fois positive et négative .

j'ai humblement pensé que ce genre de regard sur votre travail pouvait vous être un petit peu utile .

je vous le livre comme je l'ai reçu . je précise que j'ai mis une excellent note à ce travail car je l'ai trouvé argumenté .





Critique 9 mois ferme

• Résumé

Le film sortit en 2013 et réalisé par Albert Dupontel raconte l’histoire d’une juge, Ariane Felder, quarantenaire, ayant une vie bien définie avec la perspective même de devenir conseillère à la cour d’appel de Paris. A une période où l’avenir s’offre à elle et où les hommes et les enfants ne sont pas de sa préoccupation, la jeune femme se retrouve enceinte. En effet lors d’une soirée de réveillon organisée sur son lieu de travail, la juge au départ très loin de cet univers festif se met à boire poussée par ses collègues. A la fin de cette soirée elle tente tant bien que mal de rentrer chez elle. Étant saoul elle a beaucoup de mal à faire le trajet et fait la rencontre de Bob Nolan. Ils ont alors une relation. Ariane découvrira plus tard que le futur père de son enfant est accusé de cambriolage suivi d’un crime horrible sur un vieil homme.


• Critique

Le film a été récemment diffuser sur France 2 (avant que je puisse avoir la liste des films bien sûr). J’ai à cette occasion regardé le début mais je ne m’y suis pas arrêtée davantage. Ce devoir est donc l’occasion de pouvoir un peu plus m’y attarder.

9 mois ferme est une comédie française qui traite l’univers souvent froid de la justice avec un ton humoristique. C’est un film qui à mon sens à tout les codes pour faire rire et plaire à de nombreux français. On peut citer les succès de Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? ou Neuilly sa mère ! par exemple qui s’inscrivent dans le même style. D’autant plus que le film développe un sujet avec d’innombrables possibilités scénaristiques et est joué par des acteurs comme Sandrine Kiberlain.

C’est un type de film que j’apprécie regarder pourtant j’ai trouvé celui-ci très platonique avec des blagues parfois très, voire trop longue. Comme celle de l’avocat de Bob Nolan qui bégaye ou encore celle du Juge de Bernard qui reçoit de multiples objets sur la tête tout du long. Une atmosphère un peu lourde se dégage indéniablement de ce film. Par exemple dans la scène où Nolan imagine des scénarios pour pouvoir se disculper. Même si les premières scènes sont drôles, elles en deviennent très vite lassantes du fait que l’on comprenne rapidement le mécanisme de la blague.

Les plans sont souvent penchés à la diagonale, on peut penser au départ que cela va être éphémère ou que l’effet sert à la compréhension et à la symbolique de certaine scène mais ils sont pour la majorité utilisés sans grande utilité. Cela en devient même dérangeant par moment.

Pour un film de 2013, les effets spéciaux sont maladroitement exécutés. Le maquillage des blessures ou encore les chutes sont peu crédibles. Ils contribuent à rendre le film beaucoup moins travaillé que ce qu’il peut être.


On peut se demander également si ce ton très léger ne dessert pas les causes du film. En effet, pour moi, plusieurs éléments émanent de cette œuvre. Notamment la question de la cause féministe. Avec une actrice principale, symbole d’une femme qui réussit par soi-même sans l’aide de personnes et surtout d’un homme.

Une femme qui se veut indépendante et qui n’a pas le projet de fonder une famille, qui peut parfois, être l’objet d’une pression sociale sur les femmes.

Le film traite aussi du phénomène de déni de grossesse. Il montre que l’arrivée d’un enfant n’est pas toujours un heureux événement et surtout que toutes les femmes n’ont pas nécessairement envie d’être mère.

On a aussi le portrait d’un couple où l’homme frappe sa femme que je trouve très maladroit. Ce sont deux acteurs noirs (les seuls du film) qui incarne les violences conjugales. J’ai ressenti un réel malaise devant cette scène où l’homme à un fort accent qui n’a aucune utilité aussi bien au niveau humoristique que scénaristique. Il y a je pense des manières plus judicieuses d’évoquer ce sujet sans caricaturer et viser une communauté en particulier.

Le film traite également entre autres des nombreux divorces qui se veulent de plus en plus banaux et routinier dans le paysage judiciaire ainsi que de l’importance des médias.

Les médias ont une grande place dans le film ils contribuent à mettre en lumière l’affaire de Bob Nolan. L’importance de cet acteur majeur que représente les chaînes télévisés dans l’opinion publique est bien représenté. La pression médiatique que peut subir le suspect et tout ce qu’elle engendre est vraiment bien amené. D’autant plus dans le cas d’une erreur judiciaire (car oui à la fin du film Bob Nolan est acquitté grâce au témoignage de la juge qui était en sa compagnie au moment des faits qu’on lui reproche) où la presse est fortement impliquée dans la diffusion de fausses rumeurs ou éléments.

Les rôles sont très caricaturaux et c’est ce qui fait le succès de la plupart des comédies française. On cherche à voir des personnages avec des traits marqué auquel on peut attribuer une personnalité bien précise. Ce n’est pas pour me déplaire même si cela contribue à l’aspect enfantin du film.

Malgré tout, la relation qui se transforme petit à petit entre les deux personnages principaux (Ariane Feldert et Bob Nolan) est bien scénarisée. Elle est au départ construite sur plein de préjugés et de faux jugements. Finalement plus le temps avance et plus la jeune femme voit en Nolan, un homme qui, derrière un aspect dur, insensible et détaché de tout se révèle touché et sensible à toutes les fausses accusations qui l’accable. Il aborde même à la fin le portrait d’un jeune père heureux et attendri.


• Conclusion

Malgré des scènes maladroites, le film a tout de même de belles causes à défendre. De bonnes idées sont là et le choix d’une comédie française sur le système judicaire dans l’hexagone est plutôt judicieux. D’autant plus que d’autres sujet comme l’indépendance de la femme ou encore les violences conjugales sont ajoutées. Mais malheureusement ils sont pour la plupart mal intégrés au film ou mis en scène de façon grossière.

Je n’ai pas apprécié ce film dans sa forme, en revanche le fond mérite grandement d’être d’avantage mis en valeur sans que l’humour vienne masquer les messages de l’œuvre.

Auteur: Pascal Rigault

Lettre pour Albert Dupontel. Lettre 130.

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