Lettre pour Robert Guédiguian

Lettre ouverte de Ariane Sayegh (public à Sarlat) à Robert Guédiguian
“Merci !”

10 décembre 2017,

Monsieur Guédiguian, j'étais à Sarlat le soir où votre beau film a été projeté et j'ai très confusément pris la parole pour ne rien dire de ce que je voulais vous dire en vrai ! J'ai été profondément touchée par votre film, cette histoire. Si touchée que j'y pense encore chaque jour qui passe. Ce qui est vraiment si beau dans ce film c'est votre façon de dire le rapprochement des êtres.
Une fratrie d'abord, deux grands frères et une petite sœur, chacun un peu balloté, un peu enfermé, un peu perdu dans son chemin de vie. Ils se retrouvent par cette "obligation" de revoir leur père. Mais ils ont pris chacun des voies si différentes.
L'artiste (merveilleuse Ariane Ascaride) avec ses rêves d'absolu, ses rêves de mots, de théâtre, sa quête de l'oubli.
Le grand blessé ironique ( Jean-Pierre Darroussin qui vieillit si bien et qui peut TOUT jouer) blessé par son travail et son amour déjà perdu.
Et puis celui qui est resté là, proche de la nature, de la vie avec son distributeur de nourriture aux lapins et aux oiseaux, celui qui n'a pas lâché la vie qui bruisse, qui bondit, qui frémit et qui n'a pas lâché son père et son petit resto, celui qui trouve toujours une solution aux petits tracas du quotidien (Gérard Meylan si fort et sensible). Les trois ne savent plus vraiment se parler ou plutôt s'entendre, s'écouter, être ensemble. Ils se sont trop éloignés.
Une autre fratrie ensuite, comme le miroir inversé; une grande sœur avec ses deux petits frères, échoués, meurtris, abandonnés à eux -mêmes.
C'est parce que ces deux fratries là vont se rencontrer, tout doucement, échanger avec délicatesse que tout va pouvoir changer. Parce que lorsqu'on fait quelque chose de plus grand que soi, on devient forcément meilleur au sens de plus sensible, plus humain en fait.
Entre ces deux fratries, un trait d'union si douloureux, la mort d'un enfant mais c'est parce que chaque personnage va aller vers ces trois petits échoués et malheureux qu'ils vont enfin eux aussi pouvoir refaire l'histoire du deuil et de la perte.
J'ai adoré tous ces moments où la Vie continue son petit bonhomme de chemin, quoi qu'il arrive : tous ces bruits de la vie : les vagues, le train (train/trait d'union), la débroussailleuse, le vent, l'orage. Comme si vous vouliez nous dire : regardez un peu autour, tendez l'oreille, soyez attentif, il y a plus fort et plus vaste autour de vous.

Et le vrai rapprochement viendra dans l'écho des prénoms, l'écho qui lui aussi est toujours là !

J'ai adoré le sourire radieux de Robinson et ses déclarations d'amour qui sont la vie même aussi et tous ces moments de jeunesse et de promesses !

Voilà ce que j'aurais aimé savoir vous dire. Merci de nous proposer des lectures si fines et sensibles, de nous dire sans appuyer le trait que c'est surtout lorsque l'on fait des choses ensemble que l'on vit vraiment ensemble. Que c'est quand on ose enfin faire quelque chose de plus grand que nous, qu'alors tout est possible : écrire le livre qu'on porte en soi, aimer quelqu'un vraiment malgré les différences, laisser partir l'autre, mourir ensemble, se réveiller soudain d'une aphasie résignée.
Merci merci et longue vie à ce film !
Ariane Sayegh

Auteur: Ariane Sayegh (public à Sarlat)

Lettre pour Robert Guédiguian. Lettre 21.

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