Lettre pour Élise Lucet

Lettre ouverte de Dr Olivier FOLLIOT à Élise Lucet
“Médecine générale et installation”

22 janvier 2022,

Bonjour Élise Lucet,

Tout d' abord je tiens à vous préciser que je regarde et souvent apprécie vos émissions (Cash Investigation, Envoyé Spécial... )

J' ai, hélas été effaré du cash investigation sur l' installation des médecins... J' en viens à craindre ce que j' ai pu voir jusque là dans vos émissions car si tous les sujets sont traités de la même façon, l' objectif d' information impartiale et juste qui, j' en reste sûr est le votre, sera souvent mis en échec...
Pourquoi ?

Je suis médecin généraliste, j' ai 49 ans, j' ai remplacé 11 ans ( sur plusieurs région: Nord, Aube, Hautes-Alpes) et suis installé depuis 10 ans dans les Hautes-Alpes.
Le problème de démographie médicale je le connais je pense assez bien. J' aurais aimé voir les points principaux suivants évoqués, ne serait-ce qu' effleurés, mais ils ne l'ont pas été du tout hélas...

1/ Tout d' abord un médecin généraliste ( spécialiste en médecine générale depuis quelques années pour ceux qui en ont fait la démarche) n'est pas un sujet que l' on plante dans un village et qui va, comme par miracle, soigner. Dans un contexte de médecine se spécialisant de plus en plus, le généraliste (comme d' ailleurs le spécialiste) a besoin d' un réseau, de correspondants, de moyens. Seul dans sa campagne avec des faibles moyens mais des objectifs de qualité, toujours plus exigeants, croyez-moi il y a de quoi avoir peur de faire le pas.

2/ A écouter le reportage, il semble qu' en réaction à une liberté totale d' intstallation, la solution soit la contrainte, l' obligation d' installation. Comme toujours dans notre société, pour corriger un extrême, on passe à l' extrême inverse. A aucun moment le reportage ne parle d' interdiction d' installation en zones sur-dotées ce qui serait déjà une première mesure. Je rappelle que les pharmaciens , kinés, infirmiers n'ont pas d' obligation d' installation, seulement les places sont limitées dans les zones sur-dotées, ce qui est le bon sens absolu. (Entre parenthèse, si j' apprécie le pragmatisme habituel du Dr Hamon, je ne sais ce que vous lui aviez fait le jour de son interview mais il fut d' une nullité absolue. )

3/ Le nombre de médecins n' a jamais été aussi élevé, je crois que c'est évoqué dans le reportage. Et pourtant il en manque en pratique. Le reportage ne se pose pas la question du pourquoi, c'est vraiment dommage. La raison est que les jeunes préfèrent la médecine du sport, l' homéopathie, la médecine d' assurance, la médecine scolaire, la médecine salariée, le remplacement ( on vient, on travaille, on s'en va ...)etc. Les jeunes médecins ne veulent plus faire la médecine telle qu' on la pratique aujourd'hui car "elle est devenue trop dure" ! Ce sont les remplaçants et les internes qui nous le disent. Le métier est tout simplement en manque d' attractivité : traiter en 20 ou 30 minutes un problème cardiologique + rhumatologique + urologique ( les patients sont fiers de ne "pas venir pour rien"!), examiner, réévaluer l' ordonnance, surveiller la biologie, prescrire une cure thermale, négocier un éventuel transport, sans oublier de faire de la prévention, tout cela avec le sourire et sans se tromper, pour 25 euros, ça peut refroidir même les plus tenaces à la vocation bien enracinée...

4/ Le médecin généraliste est devenu tiers-responsable d'une société qui dégénère et ne veut plus prendre ses responsabilités. Alors on arrête les gens pour les protéger dans leur travail, on atteste ceci ou cela, on donne cela, on refuse aussi certaines demandes inadéquates. D' une médecine qui devrait être de soin et de prévention, on est en train de passer à une médecine de la demande.

Voilà les réflexions qui me sont venues et il était important de vous en faire part.

Très cordialement.

Dr Olivier FOLLIOT

Auteur: Dr Olivier FOLLIOT

Lettre pour Élise Lucet. Lettre 4294.

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