Lettre pour Élise Lucet
Lettre ouverte de Stéphane Echevard à Élise Lucet
“Les soignants actifs en voie d'extinction oubliés, méprisés”
9 août 2021,
Bonjour Élise Lucet,
Les agents de la fonction publique hospitalière sont – depuis 2010 - séparés en 2 catégories : les ACTIFS (qui sont exposés « à un risque particulier ou à des fatigues exceptionnelles ») et les autres dits SEDENTAIRES.
Dans le secteur hospitalier, les soignants - historiquement de catégorie active - se sont vu imposer un droit d’option (en 2010 pour les infirmiers, 2011 pour les infirmiers spécialisés, 2012 pour les cadres de santé et 2017 pour les manipulateurs radio, les podologues-pédicures, les psychomotriciens, les orthophonistes et les orthoptistes).
Ce droit d’option consistait à renoncer à des acquis liés à la pénibilité : c’est-à-dire renoncer à la possibilité d’un départ en retraite dès 57 ans et à une bonification d’un an pour 10 ans de travail effectif auprès des patients … contre… une réévaluation des grilles salariales et un recul de l’âge de départ en retraite possible à 60 ans.
Après ce droit d’option, les nouveaux recrutés étaient directement en catégorie sédentaire alors que ceux restés en catégorie active étaient placés en voie d’extinction.
Nous, le collectif de soignants restés en catégorie active (encore environ 60 000), avons accepté - lors du choix d’option - un certain écart salarial. Or celui-ci ne cesse d’augmenter au fil des réformes.
En juillet 2020, les accords du Ségur entre 3 syndicats signataires et le Ministère de la Santé prévoyait, une augmentation salariale des catégories actives « à due proportion » de celle des catégories sédentaires.
Comme nous le craignions dès le début des négociations, il n'y a pas eu de proportionnalité et l’écart salarial, pour la même profession et à ancienneté égale, s'est encore aggravé. L’écart entre les 2 catégories Active et Sédentaire, initialement de 40 points d’indice, passe, avec les nouvelles grilles à plus de 100 points.
Ces nouvelles grilles sont chargées de mépris : la reprise de l’ancienneté dans l’échelon n'est pas automatique, notre progression dans la carrière est ralentie…
Nous constatons amèrement, qu’il y aura plus d'écart entre les infirmiers de catégorie sédentaire et les infirmiers de catégorie active :102 points, pour le même diplôme et les mêmes responsabilités...alors que l’écart entre ces derniers et les aides-soignants diminue à 86 points ! Il aurait été logique de nous faire passer en A du Nouvel Espace Statutaire !
Nos diplômes sont dévalorisés : les infirmiers en catégorie active ont été rejoints pas les aides-soignants dans le même Nouvel-Espace-Statutaire B, bien que leur diplôme ne nécessite pas le baccalauréat… Un aide-soignant additionne des primes que les infirmiers n’ont pas, notamment en EHPAD, (une prime de sujétion soit 10% du traitement indiciaire brut, la prime grand âge de 118€ et la prime forfaitaire) ce qui accentue le pincement de l’écart salariale.
Nous sommes pour la plupart d’entre nous des soignants avec une longue expérience… des « dinosaures » du soin, que nous nous attachons à transmettre aux plus jeunes. Nous sommes mis
« En voie d’extinction » mais la transmission de notre savoir sur le terrain, notre expertise est une valeur ajoutée, reconnue par notre hiérarchie. Paradoxalement, dans notre catégorie, la valeur de nos diplômes décline, et pourtant nous avons les mêmes que ceux de nos collègues sédentaires.
Cette réalité est corroborée par le fait que dans le cadre d’un faux droit de remord, nous puissions intégrer la catégorie Sédentaire en passant par un concours sur titre. Nous considérons ce concours comme une insulte. Nous n’avons plus à justifier de l’obtention de notre diplôme. Les Aides-soignants n’ont pas à le passer pour intégrer le Nouvel Espace Statutaire et nos collègues passés en sédentaire n’ont pas eu à le faire non plus. Dans ce Ségur la ségrégation est en filigrane.
Nous demandons le respect des accords signés l’an dernier, qui prévoyaient une augmentation salariale, à due proportion, et le maintien des acquis garantis par le Ministère Bachelot.
Il est en effet inconcevable de prendre des engagements pour ne pas les respecter. Le personnel soignant est déjà mis à rude épreuve depuis plus d’un an, et voilà comment il est remercié.
Merci de nous assurer que nous méritons plus de considération et d’appuyer notre mouvement.
Stéphane Echevard
Infirmier en catégorie active (service de psychiatrie à Uzès dans le Gard)
Administrateur d'un groupe ####### avec 2283 membres
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Auteur: Stéphane Echevard
Lettre pour Élise Lucet. Lettre 4100.
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Super courrier qui expose bien l indécence de la situation.
Il y a 3 ans, par GigidelaNuitJe ressens la même indignation et déplore que nos jeunes collègues IDE ignorent ce traitement inégalitaire.