Lettre pour Samuel Le Bihan

Lettre ouverte de Lucile Gauchers à Samuel Le Bihan
“Le handicap en milieu scolaire - les accompagnants”

jeudi 25 juin 2020,

Bonjour Samuel Le Bihan,

Je suis la grand-mère d'un enfant, élève en situation de handicap. J'écris pour soutenir ma fille (maman et AESH) et ses collègues de travail, concernant les PIAL : Pôles inclusifs d'accompagnants localisés.

Je me permets de pousser « un cri d'alarme » sur la nouvelle organisation de l'accompagnement des élèves en situation de handicap. Un élément manque par rapport à ce qui existait avant : la fiche de vœux habituelle émise chaque année par les AEHS pour leur affectation.

PROBLÉMATIQUE :
La problématique vient de la suppression de cette fiche de liaison qui tenait compte des compétences et de l'aisance des accompagnants dans leurs missions éducatives et humaines. Cet aspect de « l'humain » semble avoir été perdu de vue dans la gestion administrative des PIAL. Il convient de rappeler qu'il ne s'agit pas de « gérer des marchandises » mais des VIES HUMAINES, celle des enfants et celle de leurs accompagnants.

CONSÉQUENCES :
Les conséquences n'en sont pas anodines.

1) En ne considérant pas le choix des AESH formulé sur la fiche de liaison et de vœux, ces accompagnants – bien souvent un personnel féminin pour un emploi à temps partiel -, sont affectés n'importe où. Si le contrat de trois ans a atténué la précarité de la profession, cette opportunité a un revers non négligeable, celui de rendre les conditions d'exercice de la mission d'accompagnement beaucoup plus instables et incertaines, les changements pouvant même intervenir en cours d'année scolaire ! Les premières victimes sont les élèves porteurs de handicap qui ont besoin - pour s'adapter, progresser et s'intégrer -, de repères, de stabilité et de confiance dans les adultes. Or, cette nouvelle organisation les prive de cet aspect fondamental et peut rendre l'accompagnement inefficace dans le présent, comme à terme.

2) Pourquoi un accompagnement qui risque d'être inefficace et donc dommageable aux enfants ? Les besoins spécifiques des élèves en situation de handicap nécessitent une mise en confiance avec l'AESH, plus ou moins longue à instaurer selon le handicap. Lorsque l'accompagnement est « réussi », c'est d'abord au bénéfice de l'élève puis de sa famille, et à un autre degré au profit de l'enseignant qui peut ainsi mieux se consacrer à ses autres élèves et à sa classe dans sa globalité, facilité par une meilleure intégration des enfants accompagnés.

3) Comment rendre cet accompagnement plus efficace ? Il convient de tenir compte que cet accompagnement est bien souvent épuisant physiquement et moralement pour les AESH et que la perte de motivation est un risque réel si l'AESH ne peut avoir accès au poste le plus conforme à ses compétences et à son aisance dans l'exercice de ses fonctions. La réponse est donnée ci-avant. En ré instaurant cette fiche de vœux, il est tenu compte aussi des besoins spécifiques des élèves porteurs de handicap ou de difficultés scolaires graves.

LA REQUÊTE des AESH qui devrait sensibiliser les parents d'enfants porteur d'un handicap :

1) Prendre en considération l'aspect humain tant pour les élèves que pour leurs accompagnants affectés en fonction des heures attribuées à chaque enfant.

2) Permettre l'échange d'affectation entre les AESH qui le souhaitent et le demandent expressément, que ce soit entre les degrés 1 et 2 : passage de maternelle à primaire, et aux classes du secondaire.

3) Prendre conscience que le remplacement des notifications d'heures individuelles par des notifications d'heures mutualisées ne permet plus un accompagnement efficient, le nombre initial d'heures attribuées à un élève étant réparti sur d'autres élèves, trop souvent à son détriment. Un exemple concret : une AESH qui effectue 24 heures d'accompagnement (temps partiel à 60 % lissé à l'année) réparties sur 5 élèves s'est vu en cours d'année devoir accompagner 12 élèves dans 8 classes différentes (en collège).

Si les PIAL ne peuvent pas procéder à une organisation différente, qu'il soit au moins tenu compte dans l'affectation des accompagnants, de leurs compétences et de leur aisance pour un accompagnement réussi. Tout le monde y gagnerait, également les gestionnaires des PIAL qui éviteraient ainsi des mouvements de personnels dommageables à l'efficience de leurs missions éducatives.

EN CONCLUSION, comme une loi peut être appliquée d'une manière inhumaine, elle peut l'être aussi d'une manière plus humaine. Ce n'est pas le fondement de la loi qui est mis en cause, mais son application par des gestionnaires qui n'œuvrent pas sur « le terrain ».

Je vous remercie de votre attention et compte sur vous et vos ami(e)s dans la même situation pour faire entendre la voix de toutes les familles confrontées au "bien-être" en milieu scolaire de leurs enfants porteurs d'un handicap, quel qu'il soit.

Auteur: Lucile Gauchers

Lettre pour Samuel Le Bihan. Lettre 42.

Aucun commentaire sur cette lettre à Samuel Le Bihan


HTML autorisé: <b> <i> <a> :-) ;-) :-( :-| :-o :-S 8-) :-x :-/ :-p XD :D



Célébrités > S > Samuel Le Bihan > Lettre 42 > écrire