Christophe Barratier

Lettre ouverte de Marc Sluse à Christophe Barratier
“Comment abattre un chêne”

vendredi 23 février 2018,

Bonsoir Christophe Barratier ,

En ce temps là , des cachots avaient été construit dans le sous-sol de la prison . Ils y en avaient deux avec pour seul éclairage ,
une ampoule de 40 watt au dessus du mur de séparation , permettant la luminosité des deux pièces avec une seule lampe .
Ces deux cachots de trois mètres sur deux étaient muni d'une cage pour permettre les visites , ce qui réduisait d'un tiers le
l'espace . Une dalle de béton servait de lit avec , au bout , un trou pour wc .
Voila pour le décor . Je me trouvais dans cette cave pour y subir une peine de neuf jours . Chaque jour , le médecin passait
pour me faire une piqure à travers la grille afin d'atténuer une vilaine blessure .Ensuite , Monsieur le directeur faisait sa tournée .
Je croupissais depuis deux jours dans ce sordide endroit , quand soudain j'entendis des voix ; des gardiens conduisaient
un " locataire " dans le cachot voisin . Le gars hurlait qu'il était innocent , demandant un peu de pitié ... mais ses appels
restaient sourds . Un ordre sortit d'un gardien " déshabilles-toi et met ces vêtements " .
Je connaissais ce rite de mise au mitard avec le fameux pyjama rose , de la fermeture de la grille puis celle de la porte .
Mon calvaire allait maintenant commencer . Se sentant seul , l'homme se mit à pleurer . Quelle ne fut sa surprise à un
moment lorsqu'il m'entendit . Pour le calmer , je lui demande pourquoi il est là ? Il me répond qu'il vient du dortoir de l'
annexe psychiatrique , qu'il a pris trois jours de mittard après la disparition d'un dentier de codétenu dont il fut accusé , puis
il se tait ; les pleurs reprennent . Je suis torturé par cette situation car j'apprend que ce " gamin " a à peine 18 ans et ce
qui m'embarrasse le plus est de ne pouvoir trouver les mots pour le consoler . J'ai lu beaucoup dans ma vie , mais là , je
reste sans voix , sans solution dans ce désastre humain .
Alors , lorsque le directeur débarque pour sa visite quotidienne et me demande si je veux une cigarette , je lui répond
que je préfèrerai qu'il me laisse poursuivre mes neuf jours seul . Il fait semblant de ne pas comprendre . Je deviens
de plus en plus nerveux et sens que là aussi je ne trouve les mots justes . Alors , dans un moment de colère je lui dis
" donnez-moi sa peine , donnez-la moi , mais faites sortir ce gamin , il pourrait être mon fils " .
J'ai vu les yeux du directeur s'embués , il s'est retourné et est parti précipitamment avec ses gardes du corps .
L'histoire ne s'arrête pas là puisque , un trente minutes plus tard le " gamin " était libéré du cahot .
Alors , vous qui me lisez , sachez que l'on peut aussi trouver le BONHEUR au cachot .

A+ Marcus

Auteur: Marc Sluse

Christophe Barratier, 22 lettres ouvertes, 523 visites

Un commentaire sur cette lettre à Christophe Barratier
  1. Cette histoire n'est pas une fiction . Il y en a d'autres sur le site " écrire à Alexandre Arcady "( lettres 21/22/24/25 et 26 ) et sur un autre site ( Claude Lelouch ) . Il m'arrive aussi à témoigner dans des écoles ou dans des retraites . Mon but est d'en sauver un . On ne saura jamais si j'en ai sauver un . Il y a tant de faits , qu'il m'arrive de ne pas croire ma propre histoire . Elle n' a cependant aucune importance pour le commun des mortels qui me lit . Tout les jours , je remercie Dieu , d'avoir donné un sens à ma vie et c'est pour cela que j'aimerais que l'on en fasse un film ; être l'acteur de mon histoire mais pas du film car je suis beaucoup trop vieux . Ces évènements m'ont burinés risquant fort de faire fuir le public .
    A+ Marcus

    Il y a 9 mois, par Marcus


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