Jean-Louis Trintignant

Lettre ouverte de Bernard Couraud à Jean-Louis Trintignant
“Pour ton heure bleue ”

mercredi 19 décembre 2018,

Bonjour Jean-Louis Trintignant,

Un texte commis avec vous avoir écouté

Du fond d’une chambre d’hôtel, il ouvre son antre du côté de la porte Saint-Martin. Tout est feu tout fait flamme, il aime être ce qu’il est avec le regret de ne pas avoir été ce qu’il aurait voulu naître. Un brin de vent frais souffle au milieu des feuilles de ses vignes. Il campe une scène bourrasque plus qu’une interview donnée en coup de vent. Jean-Louis Trintignant s’entend autant qu’il se respire. Il se bat de ses deux ailes, un hémisphère gauche roule son cerveau dans la farine de l’envie,donne des coups de grâce. De sa voix de miel, éraillée, à nulle autre pareille il suspend son envol, laisse aux autres le soin d’atterrir comme bon leur semble. Boxeur de la séduction aux milles printemps, le spectateur au repos boit du petit lait. Il est là-haut, perché sur son arbre centenaire. Il est arrivé, traverse le fleuve d’une immense carrière. Se jette encore dans le précipice du seul en scène, coule à pic, coupe à cœur, rabat toutes les cartes. Des références à Eluard, de l’amour pour Prévert, une admiration pour le génie de Leprest et ses chansons dites. Il dit, il doit mo tdire, aimer jusqu’à la lie la musique des poèmes. Aucune prise de risque, il en est las. Se mettre à nu n’a plus aucune importance, adoubé par bon nombre, il déchi3re le répertoire,défriche la poésie contemporaine. Tout un art pour un héros qui cherche à tomber dans les oubliettes.Un jeune homme de quatre-vingt-huit ans dans le noir, les yeux abimés habités par le maintenant, la présence de l’autre que l’on regarde. La voix, toujours montrer la voie, grimper la via ferrata de nos mémoires de jeunesse. Jean-Louis est né au milieu de nous, au creux des corps dont il s’est nourrit.Entendre cette voix de traine en cavale, si familière, une énième fois. Allongé sur le sol, sur scène, assis, à l’écoute des spectateurs, de leur respiration, il est en bas. Le spectateur se tait, s’éteint, à bout de souffle, le transperce d’une flûte traversière. La musique du poème jusqu’au dernier sou$e, de la bouche du cor il crie.

Auteur: Bernard Couraud

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